Pour la première fois, j’ai assisté ce mercredi 9 décembre au Café Numérique. Les sujets du jour : les droits d’auteurs et la loi Haidopi. Les invités: MoodioTV et Domenico Curcio.
Je ne vais pas ré-exposer ici le débat qui fait rage entre les tenants d’une industrie en bout de souffle et ceux qui préconisent une remise à plat du business modèle des grands majors. Je vous donne quand même un peu de grain à moudre sur le sujet:
Rapport Hadopi: le piratage en ligne a détruit 10 000 emplois…fictifs?
Les véritables dégâts du téléchargement illégal
Les artistes peuvent-ils quitter le navire des maisons de disques?
Je rajoute une petite pierre à l’édifice en parlant de MoodioTV un site de promotion des artistes belges (la version bêta du site vient d’être mise en ligne). Les personnes derrière le projet sont issues du monde de la musique et sont bien conscientes du besoin des artistes, notamment en termes de visibilité. Afin de répondre à ce besoin, Moodio crée des vidéos de promotion des artistes, du plus connu au moins visible (home session, petit reportage, etc.). J’ai été en voir quelques-unes et c’est de bonne facture. L’idée est d’amener les gens à découvrir les musiciens via ce canal et ensuite grâce à des liens dans les vidéos les renvoyer vers la vente de tickets de concert, le site de l’artiste ou autres. Bref, créer un écosystème différent que celui contrôlé par le marketing traditionnel. L’initiative est louable et réalisée dans un esprit Win (je t’offre une vidéo et toi tu me laisses la diffuser sur ma plateforme).
Exemple d’une vidéo Moodio:
C’est là que la Sabam pointe le bout de son nez et va réclamer pour la diffusion de la musique…8% du chiffre d’affaires!!! Voilà une société au discours moralisateur et répressif à propos du piratage…et qui soutient les initiatives légales en faveur des artistes en jouant les vampires. En agissant de la sorte la Sabam risque d’étouffer Moodio (ce que je ne leur souhaite évidemment pas) et renvoyer le trafic du site vers les plates-formes de piratage traditionnelles.
Analysons bien le cercle vicieux. Imaginons que je sois un chanteur, compositeur inscrit à la Sabam mais je suis en manque de visibilité. La meilleure chose à faire dans ce cas là est de diffuser une partie de ma musique gratuitement pour me faire connaitre via Youtube, myspace, webradio, etc. Problème, une fois inscrit à la Sabam, j’ai cédé l’intégralité de la gestion de mes droits à la dite Sabam. Ce qui veut dire que même si un de mes potes veut publier une vidéo d’une de mes chansons sur son blog pour me faire de la pub, il devra payer des droits d’auteurs. Le fait que je sois d’accord n’y changera rien, la Sabam pourra lui réclamer des droits d’auteurs. Mon pote ne fera donc pas de vidéos et ainsi je bénéficierais pas d’une visibilité accrue qui aurait pu amener plus de monde à mes concerts et in fine plus de revenus. À une autre échelle, la problématique est la même avec MoodioTV.
Quelle pourrait être une solution?
Les licences creative commons présentent une belle porte de sortie. Cela libère la créativité des artistes qui peuvent innover et emprunter des voies nouvelles.
A l’image de Domenico Curcio , qui s’est désinscrit de la Sabam et gère dorénavant tout de A à Z. Ceci lui a ainsi permis de faire preuve de plus d’inventivité; il se fait inviter chez les gens et diffuse en direct ses concerts privés gratuitement en direct sur le Web. Il se créé ainsi sa propre base de fans, qui fidélisés viendront à ses concerts…ou achèteront même des CD! Et quand il se produit dans une salle le montant des droits d’auteurs qui aurait dû être versé à la Sabam est directement compris dans son cachet.
Bien évidemment, de nombreuses questions se posent quant à la gestion des licences creative commons. Creative commons n’est pas synonyme d’absence de règles. Comment un artiste, “indépendant” va t-il pouvoir gérer seul ses contrats, vérifier le respect de l’utilisation de son œuvre, etc?
Il y a là une belle opportunité pour les sociétés de gestion des droits d’auteurs à condition de se remettre en question et faire preuve d’innovation pour redéfinir leur business modèle.
Source image: http://www.flickr.com/photos/steren/2732488224/
