Je suis en pleine rédaction de mon TFE (Travail de fin d’études) ce qui explique le silence de ce blog.
Je ne résiste cependant pas à vous conseiller la lecture d’un très bon billet de Charles Bricman qui parle de l’évolution de la presse et donne quelques conseils. C’est d’autant plus intéressant que Charles a été journaliste durant les années 70, ce qui lui permet de jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur et faire des liens entre les pratiques d’hier et la situation actuelle.
Je reviens sur deux points:
Plus important encore, j’abandonnerais une idée farfelue qui m’a souvent perturbé, comme journaliste de base: la volonté d’être “complet”. J’ai eu un rédacteur-en-chef que je ne citerai pas (R.I.P.) qui tous les matins, faisait le tour de la rédaction en demandant pourquoi on avait raté, dans la dernière édition, la nouvelle que publiait fièrement un concurrent. Je considérais qu’il aurait mieux fait d’inverser le raisonnement et les priorités: pourquoi n’avions-nous, à quelques nuances près, que la même matière que les autres?
La volonté d’être complet, pour un journal, n’est qu’une forme parmi d’autres de conformisme. C’est une attitude moutonnière et défensive. Elle ne consiste pas à donner au public une bonne raison d’acheter votre canard plutôt qu’un autre, mais à lui en donner une mauvaise de ne pas acheter cet autre plutôt que le vôtre…
C’est un des aspects qui m’avait le plus exaspéré lors de mes différents stages dans des organes de presse. Je ne me gênais pas pour le dire, mais j’avais l’impression de parler dans le vide…ok je l’ai plus que probablement fait maladroitement. Je me souvient même d’un rapport de stage à charge qui en substance développait cette idée et je m’étais fait recalé¹…Ah que ça fait du bien de l’entendre, merci Charles
Par contre je suis pas d’accord avec ceci:
Et le plus important, c’est que ces choix ne doivent pas être faits sur une impulsion ou sur une passion, comme un blogueur, mais en fonction de vos lecteurs. De quoi ont-ils besoin ou envie? De la politique? Donnez en leur. Beaucoup et de la bonne. Des faits divers, de la bourse, de la culture? Idem.
- Comment savoir ce que veut le lecteur? En regardant ce qui se vend? Dans ce cas, une paire de seins mélangée à un fait divers bien crapuleux et saupoudré d’un peu de la vie des stars, constitue la meilleure formule. Elle est appliquée avec succès par le tabloid The Sun et dans une moindre mesure la DH. En faisant un sondage? c’est peu fiable. Suivant une enquête de télérama, Arte est la chaine qui après TF1 correspond le plus aux attentes des Français.Et pourtant Arte reste dans la fourchette des 5% d’audiences.
Je suis d’accord que le choix d’un sujet ne doit pas être guidé par une impulsion soudaine mais le choix doit être réflechi et pas guidé par “ce que veux le lecteur”.Pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas possible de savoir ce que veux le lecteur.
- De plus, je pense que les services d’informations (termes proposé par Charles) doivent avoir une sorte de mission d’éducation permanente et pas uniquement vendre de la pub. C’est à dire utiliser la meilleure façon d’informer le citoyen afin qu’il puisse évoluer en démocratie en toutes connaissances de cause et au final poser un vote réfléchi. Je sais cela est très utopique, il y a tout un contexte économique qui rend cela quasi impossible mais laissez moi réver un peu :-).
Attention cela ne veut pas dire faire un produit rébarbatif, c’est simplement remettre en question les idées reçues tant au niveau du fond que de la forme. Un très bon exemple c’est le magazine XXI. La démarche n’a pas été de savoir a priori ce que veux le lecteur mais qu’est ce qui manque dans la presse? Les fondateurs ont appliqué toutes les idées reçues sur la presse…mais à l’envers. Et le public est au rendez-vous.
Est-ce pour cela qu’il faut s’enfermer dans une tour d’ivoire avec le prétention d’un savoir universel, surement pas. Un dialogue et une interaction avec les lecteurs sont évidement capitaux. Je souscris à 100% à l’idée suivant laquelle un journaliste doit être “médiateur de conversation” (je pense que le concept est de Jeff Jarvis). Ce que je dis c’est que le choix de la conversation doit être réfechi et pas issu d’une boule de cristal qui va nous dire “ce que veut le lecteur”.
1 Pour être tout à fait honnête c’étais plus le caractère pamphétaire du rapport qui m’était reproché. Mais j’avais raisons :-). Le plus grave c’est qu’aucun de mes cours de journalisme à l’IHECS n’a soulevé cet aspect.

Merci, Tom, pour ce commentaire (et pour le lien!)
Je veux simplement vous rassurer sur un point: je n’ai pas plus que vous le goût d’une presse “putassière” et orientée vers la satisfaction des “besoins” glauques d’une partie du public. Ils seront satisfaits, d’une manière ou d’une autre, par ceux que cela ne gêne pas…
Ce que je suggère, c’est une démarche “user centric”, basée sur les besoins en informations de segments particuliers du marché. Ce qui me paraît (en partie) dépassé, c’est l’organe de presse considéré comme un producteur de toute l’information généraliste du jour. Ce que permettent les nouvelles techniques, c’est précisément de ne plus infliger (et de ne plus faire payer, directement ou indirectement) les résultats détaillés de la 4e division de hockey sur gazon à ceux qui s’en tapent. J’ai déjà cité un très bon article à ce propos, le texte d’une conférence de Tim McGuire: http://cronkite.asu.edu/mcguireblog/?p=76. Voyez vers la fin du papier: l’image qui en ressort des services d’information du futur est plus révolutionnaire que tout ce qu’on a imaginé jusqu’ici.
Je suis heureux d’avoir ce débat avec vous. C’est comme ça qu’on avance!
@Charles: Le lien est très très intéressant.
Pour revenir sur “ce que veux le lecteur” il est vrai que l’idée peut prêter à confusion:
1) Il y a d’une part ce qui m’a fait réagir: ce que veux le lecteur=ce qui touche la plus large audience possible, donc dérive vers la presse de caniveau. On est alors dans une relation de mass média, du one to many.
2) D’autre part, je ne peut que souscrire à une démarche réellement centré sur l’utilisateur afin de lui offrir un produit taillé sur mesure, la longue traine est un modèle auquel je crois. Dans ce cas on est dans une relation de many to many, une multitudes de produits pour répondre à une multitudes de besoins.
Cependant j’aimerais souligner ce passage de Tim Mc Guire:
“It is essential that the newspaper of the future be a convener of people online and in print. This Sunday product should be the center of that convener activity. Newspapers must convene all sorts of audiences in all sorts of imaginative ways. In a fractured media world it is incumbent on the democratic responsibilities of newspapers that newspapers lead, guide and direct everything from democracy to knitting clubs.
One of the greatest threats to democracy is that our long-tailed world might destroy all sense of community. It should be newspapers that save us from that fracture and that Sunday newspaper can be the mass product that serves as a community rallying point.”
Autant je suis convaincu par les audiences de niches autant je pense qu’il serra toujours nécessaire de produire un média généraliste (quelques soit sa forme). Tout le monde n’aura pas le temps d’aller voir la multitudes des sources spécialisées (qui est un vrai plus que je soutient). Il faudra un lieu qui résumera et sélectionnera de manière hyper pertinente l’information spécialisée avec un lien vers celle-ci pour qui souhaite aller plus loin. Et je ne parle pas d’une sorte de DIGG, ou Google news ou n’importe quel système auto-organisé, il faut que se soit le fait d’une rédaction qui pose des choix, c’est la pertinence de ceux-ci qui feront la valeur ajoutée de ce média.
[...] Grosfilley a gentiment déposé sous mon précédent billet sur la crise de la presse. Et à un vigoureux billet de [...]