Je me suis pris un rêve complètement mégalomane, dans un futur proche un mystérieux monsieur qui est secrètement à la tête d’un des grands journaux du royaume (La Libre ou le Soir l’image est floue) reconnaît mon intelligence supérieure (je sais compter jusqu’à 10 sans me tromper…) et me demande de prendre la tête d’un de ses journaux vieillissant pour le redresser. Voilà les premières mesures que je prendrais:
1- Ne pas avoir peur. On lâche prise, on arrête de s’accrocher à un modèle qui est voué à mourir. On avance, on positive . Il faut inventer, tester, triturer. Les opportunités sont devant nous, il faut les saisir.
2- Toute la profession du journalisme a énormément perdu en crédibilité ces dernières années. Le seul moyen de retrouver des lecteurs-internautes c’est de leur apporter une réelle plus value qualitative, force est de constater que ce n’est plus vraiment le cas. Je faisais état de ce tableau dans un précédent billet (voir le sous-titre « la qualité factuelle de l’info »). Ce sentiment ne fait que se confirmer de jour en jour, que ce soit des conversations avec monsieur ou madame “tout le monde” ou avec des “décideurs” (homme politique ou issu du monde économique).
3- Il faut se poser la question si demain le titre disparaît est-ce que les gens ont accès aux mêmes types d’informations avec le même genre de traitement ailleurs? Si la réponse est oui, c’est que l’on est sur la mauvaise pente. Et pour le moment, la réponse est oui pour la Libre et pour le Soir (il y a évidement des chouettes papiers ou de supers initiatives comme les ukulélés session, mais il s’agit d’annexe, pas d’un projet global) . Et pas besoin d’en dire plus je viens de tomber sur ce billet qui le fait à ma place : Why not writing a story is innovation.
4- Penser multimédia. Ce n’est évidemment pas possible de tout maîtriser, mais les outils se sont démocratisés et une palette de nouveaux types de média est à disposition du journaliste. Au-delà des grands classiques photo, vidéo et son(qu’il est plus facile que jamais de diffuser), il existe une palette de choix avec par exemple Twitter ou cover it live qui ne sont que des exemples. Choisir celui qui convient le mieux pour faire passer le message.
5- Quand le journaliste fait une erreur, il s’excuse et la corrige. Le journaliste ne sort pas de la cuisse de Jupiter et n’est pas béni des Dieux, il est à l’écoute de son audience.
6- Il faut être là où se trouve l’audience. Les habitudes de consommation des médias ont changé et continueront à évoluer, il faut les accompagner et non pas les combattre (voir ici, ici et ici ) . S’ il n’y pas de lecteurs ce n’est pas la faute de Google ou je ne sais quel autre bouc émissaire, c’est la stratégie qui est mauvaise.
7- Être honnête par rapport aux lecteurs/internautes/téléspectateurs c’est:
Souvent il faut absolument produire quelque chose alors le journaliste qui ne trouve rien fait du remplissage. (cela rejoint le point 3)
Il est impossible de rendre compte convenablement sans avoir passé du temps avec les gens, parler, sentir, voir comme les choses fonctionnent. Si l’on oublie le terrain, le travail se résume à un copier/coller de communiqués de presse ou compte rendu de conférence de presse.
1- Le site internet devient le support principal, le papier un produit annexe.
2- Fin de la diffusion quotidienne, mais 2 éditions par semaine. Une le lundi orienté sport avec les résultats du WE et une édition le vendredi avec l’actu de la semaine écoulée.
Une diffusion quotidienne n’a plus aucun sens. Les informations ont soit été diffusées par la télé par la radio ou par internet et comme c’est souvent les mêmes communiqués de presse qui servent de base à tous les médias, l’information tourne en rond.
3- Moins d’infos. Pour le moment la presse essaye de ratisser le plus large possible pour avoir le plus de lecteurs. Mauvais calcul car il n’y a pas assez de moyen pour tout couvrir convenablement. A la place, il faut une vraie éditorialisation, de vraix choix. L’exhaustivité de l’info est impossible, il faut avoir le courage de sélectionner. Le journal qui paraîtra le vendredi sera issu d’une sélection drastique, le nombre de pages sera en rapport avec ce que l’on est capable de produire de manière qualitative.
4- Penser collaboration.
Par exemple, au lieu de dépenser plein d’argent pour ma propre plateforme vidéo comment puis-je par exemple travailler et partager des revenus avec dailymotion, YouTube, vimeo ? L’avantage est double; rendre le contenu plus facilement accessible (ce sont des lieux où les gens ont l’habitude d’aller) et de ne pas devoir développer en interne tout un savoir-faire technique spécifique.
Voici un petit passage de Wikinomics qui illustre l’importance économique de la collaboration:
“une entreprise se développe jusqu’à ce qu’une transaction supplémentaire réalisée en interne finisse par coûter plus aussi cher que cette même transaction sur le marché. Autrement dit, tant que cela vous revient moins cher de réaliser une opération dans votre entreprise, continuez à le faire, mais cessez dès qu’il devient plus intéressant de la confier au marché.
« l’entreprise doit rétrécir jusqu’à ce que le coût de réalisation d’une transaction en interne tombe au dessous de son coût de réalisation à l’extérieur. Les coûts de transaction continuent d’exister, mais ils sont souvent plus importants dans l’entreprise que sur le marché » .
« cette nouvelle structure, c’est le business-web, ou b-web. Dans cet essaim d’entreprises qui se rassemblent sur Internet, chaque entité garde son identité, mais toutes fonctionnent ensemble, créant plus de richesses qu’elles ne pourraient en produire isolément. Les b-web s’appuient sur un nouveau type de collaboration interentreprises » (TAPPSCOT et WILLIAMS, 2007, P68). “
5- On sort de la circulation circulaire de l’information. Il faut se différencier. Economiquement parlant, il y a deux solutions soit je fais la même chose que le voisin et la concurrence se fait sur le prix soit je me différencie et la concurrence se fait sur la nature même du produit.
6- Le « breaking news » n’est pas notre business.
- Avoir l’information en premier est un avantage qui dure 0.002 seconde le temps que quelqu’un la reprenne sur son blog, site,page myspace, le tweet etc.
- Il y aura toujours un « amateur » avec un caméraphone pour enregistrer l’événement.
Il faut voir cela comme une opportunité incroyable la presse est libérée de cette course folle et peut se recentrer sur le coeur du métier: analyses, enquêtes, explications, …
7- Le choix des outils
A l’heure du web et du journalisme multimédia, tout bouge très vite. Il est difficile de pratiquer un journalisme innovant et dynamique sur la forme avec un Desktop bridé par des droits administrateurs et un firewall qui ne laisse rien passer. Le journaliste doit pouvoir personnaliser et adapter son outil suivant ses besoins: un tel aura besoin d’un smart phone type Iphone, un autre un eePC, un troisième préféra un Mac,etc. Dans la limite d’un budget raisonnable, il faut laisser le journaliste s’équiper et surtout personnaliser ses outils. Il doit également pouvoir choisir les outils de diffusion twitter? delicious? un blog? un ning?Tumblr? Dailymotion?Le journaliste sera plus efficace et il pourra réagir plus vite. Après, il suffit simplement d’agréger le tout sur le site du journal. En ce moment c’est comme demander à Felipe Massa d’essayer de gagner une course F1 avec une 2CV… aujourd’hui les internautes utilisent tous des Ferraris et les journalistes continuent à rouler en 2CV. Bien entendu, les outils ne sont là qu’en support, ce n’est pas eux qui vont faire la qualité du contenu.
8 - On garde l’ancienne maquette. Dans un premier temps, il faut aller vite. Mais dès le premier jour il faut repenser la maquette de A à Z , tout doit être remis sur le tapis. La place de l’illustration, qualité du papier, format, nombres de pages moindres. Plus de dessins, de caricatures, de reportages photo, etc. il faut offrir une plus value visuelle au lecteur. Le lecteur doit avoir en main un produit à haute valeur ajoutée, pas quelque chose dont on va se servir le lendemain pour emballer le poisson.
9 – Un culte quotidien sera rendu à ce schéma: (je suis déjà en train de coudre ma tenue de grand prêtre )
source image: Jeff Jarvis
10- Et l’argent? Je n’ai pas la recette miracle, mais je suis sûr qu’un média qualitatif avec une forte fidélisation de ses lecteurs a un gros potentiel pour trouver des revenus (publicité très ciblée, conférences, produit annexe, partage de revenu sur les plateformes ou le contenu est présents…). Le secret est de rester ouvert et prêt à explorer de nouvelles voies.
Et évidemment, il reste une tonne de questions en suspens :
A la fin de mon billet sur la première émission de répondez à la question , j’ai dit que je regarderais le numéro suivant chose promise chose due. Je viens de le regarder en ligne (vive la VOD).
Quelques considérations:
1. Je continue à croire qu’il s’agit d’un bon principe d’émission. Avec le temps cela va s’affiner mais dans l’ensemble tous les éléments sont là pour assurer une vraie participation du public.
2. Une très bonne interaction web et tv traditionnelle. Et oui! ces deux là peuvent être complémentaires ça fait du bien de voir que ça évolue dans le bon sens¹ .
3. Je ne comprend pas l’intérêt de faire défiler en bas de l’écran des sms surtaxés.
4. Je n’aime toujours pas les petits sujets.
Autres considérations:
J’aimerais souligner une phrase d’Axell Miller: “Les journalistes devraient être mieux payés”. Je ne peux qu’être d’accord, d’une part parce que c’est vrai² (à l’exception de quelques “vedettes”), ensuite cela permettrait aux journalistes un luxe bien plus grand: prendre le temps. Mieux payé pour produire moins mais plus qualitatif.
Je m’explique la différence d’expertise entre Axel Miller et les journalistes sur le plateau est trop importante, on le sent tout au long des questions. Il est évidemment normal qu’un expert dispose d’un niveau de connaissances et de compréhension plus important mais à ce niveau là c’est gênant. Les questions étaient très générales et une fois que l’ex patron de Dexia partait dans une analyse plus fine il a laissé ses interlocuteurs sur place, comme si ceux-ci ne s’étaient pas du tout attendus à ce genre de réponses (faut dire que le type est brillant).
La crise financière est un dossier plus que complexe et d’après moi il nécessite d’ingurgiter une littérature importante et de réaliser de nombreuses rencontres préparatoires avec des professionnels³. Mais les journalistes ont ils eu le temps de le faire? Je serais curieux de savoir combien de temps par exemple François De Brigode a pu consacrer à la préparation de cette émission en sachant que tous les jours de la semaine il est à la présentation du JT. Personnellement, dans son cas je n’aurais pas pu effectuer un travail de recherche sérieux. C’est humainement pas possible. Sur ce genre d’émission il faut placer des journalistes à plein temps.
Ce n’est pas pour cela que je plaide pour des journalistes hyper spécialisés. Je n’aime pas cette idée car c’est en s’intéressant à différentes disciplines, en confrontant des univers différents que va surgir une idée géniale (cfr la théorie du singe rouge). Il faut juste laisser le temps aux journalistes de se documenter convenablement.
Time is quality. Quality made happy viewers. Happy viewers are easier to monetize.
Allez voir ailleurs:
1 C’est parce qu’ils ont un évangélisateur web qui s’agite dans les coulisses: Une sorte de spectre qui, pomme à la main, prêche inlassablement dans les couloirs froids et impersonnels de Reyers.
2. Demandez au Soir combien sont payé les papiers de la pages opinions. Dans la plupart des canards un article de 1500 signes tourne autour des 80-90 euros brut (J’ai un doute sur les tarifs précis, (Mateusz si tu passes par ici n’hésites pas donner plus de précisions). Bref dans ces conditions difficile de prendre le temps de se documenter sérieusement.
3. Ces rencontres peuvent être filmées et le processus de documentation mis en ligne. Les avantages sont multiples: fidéliser l’audience (pub ciblé), faire preuve de transparence et profiter des éventuelles remarques des internautes. Mais il s’agit d’un processus à plein temps, pas questions d’y affecter des journalistes qui doivent déjà réaliser de multiples autres tâches.
]]>Hier était diffusée sur la une l’émission répondez à la question. Le principe de celle-ci est plutôt séduisant, j’ai même joué le jeux en envoyant une question. Plusieurs blogs se sont déjà exprimés sur le sujet allez voir chez Mélissa, Zoltan, Baudouin, Charles, Diederick,Damien,…
Je vais d’abord commencer par lancer des fleurs:
Les critiques maintenant:

Si l’on regarde calmement cette photo la seule chose que l’on peut conclure c’est que Bart De Wever s’est retrouvé dans la même pièce que Le Pen. Il s’agit bien là de la seule et unique conclusion que l’on peut tirer.
Jusqu’à preuve du contraire dans une démocratie se trouver dans le même pièce que quelqu’un ne constitue pas une preuve que l’on partage ou que l’on soutient cette dite personne. De la même manière si je devais posséder Mein Kampf dans ma bibliothèque, cela ne fait pas de moi un Nazi. Il s’agit là d’un procès d’intention piloté -si j’en crois les dires de M De Wever sur le plateau et si j’interprète ceux de Johanne Montay- par de basse manœuvre politique en vue de nuire à l’homme fort de la NVA. 
Cette photo pourrait avoir de la valeur seulement si l’on disposait d’autres éléments prouvant que Bart De Wever est un partisan de Le Pen, ce qui n’est pas le cas.
- Les propos que Bart De Wever a tenu suite aux excuses du Bourgmestre d’Anvers sur la participation d’une partie des autorités de la ville dans la traque des Juifs sous l’occupant Nazi. Il s’agit d’une polémique réchauffée à propos de laquelle il s’est déjà largement expliqué. De nouveau on ne s’attaque pas au fond mais à une petite phrase qu’il a lâché et regretté par après.
- Les transferts, il s’agit là d’un vrai sujet . Mais le débat s’est focalisé sur son action avec les camions. S’offusquer pendant 10 min du caractère provocateur de l’action, c’est la preuve que Bart De Wever a merveilleusement bien réussi son coup, la preuve on en parle encore. Mais sur le fond presque rien, il y a bien eu une tentative de comparaison avec les transferts au sein de l’UE mais personne n’est venu avec des chiffres ou une étude pour étayer le propos.
Pour les personnes qui ne seraient pas familiarisées avec le jargon journalistique, une déclaration en off ou off the record est une déclaration faite au journaliste mais qui ne doit pas être rendue public. Il s’agit d’un procédé dont il ne faut évidement pas abuser mais il s’avère parfois très utile pour obtenir de nouvelles clés de compréhension.
« Les reportages qui lançaient chaque séquence hésitaient entre les productions de Karl Zéro pour Nulle Part Ailleurs circa 1993, un édito en vidéo et le sujet de JT pur et dur. Je ne vois pas quel était l’intérêt d’en rajouter dans les gimmicks de réalisation pour souligner le propos. La RTBf nous prend pour les spectateurs du Fabuleux destin d’Amélie Poulain ou quoi ? Ces reportages nous prenaient plus pour des boutonneux émoustillés par un peu de mauvaise foi que pour des adultes. »
Mes remarques se veulent constructives et non destructrices. A la décharge de la RTBF il s’agissait de la première et il faut toujours un temps minimum pour trouver le rythme de croisière. Et je compte bien assister au deuxième numéro car je pense qu’il s’agit d’un bon concept.
Ps: Même si je prend la défense de Bart De Wever je ne partage en rien son projet politique.
]]>Le reportage de Frank Istasse sur les blogs dans « question à la une » vient de secouer une partie de la blogosphère belge. J’ai décidé de mettre aussi mon grain de sel.
Je suis surpris par la façon dont le sujet a été traité. Que tout n’est pas rose sur internet, qu’il existe des dérives et des questions à se poser sur les modèles en devenir, cela relève de l’évidence et il est toujours bon de les mettre en lumière. Mais jeter le bébé avec l’eau du bain relève de la mauvaise foi et du mauvais traitement journalistique. Tout au long du reportage on sent que le web est pris comme une masse informe d’individus, la bave aux lèvres, prête à mordre les gentils et pauvres innocents journalistes. Mais pas un chouïa d’auto-critiques. C’est faire preuve de peu de discernement.
Avec ce petit paragraphe, je ne fais que marquer mon accord avec Charles, François, Jean-Yves, Zoltan, Eric et Molenews.
Le vrai problème vient de la question de départ. Opposer les blogueurs aux journalistes n’a pas de sens. Il existe autant de manières de bloguer qu’il existe de blogueurs , de même que les journalistes sont loin d’être un corps professionnel uniforme (Cfr la différence entre la DH et le Monde diplo).
Un blog et par extension le web ne sont que des outils techniques et non pas une philosophie. Etre blogueur veut juste dire que l’on utilise un outil avec lequel de multiples choses sont possibles. Tout comme dire “je fais de la télé” peut signifier le moulin à paroles dans « Allo cadeau » sur RTL que de présenter une émission hyper pointue sur Arte. Mais nulle part dans le reportage il n’est clairement fait mention de quel type de blog, de site web ou de blogueurs on parle. Il y a un joyeux mélange des genres propice à la caricature.
La question qui aurait dû être posée est celle du traitement de l’information. Car c’est bien là que se situe le débat. Comme l’a dit un jour le patron du New York Times: « In ‘Newspaper’, what matters is not ‘paper’ ». Je pense qu’il faudrait davantage s’attarder à ce que signifie « news ». Qu’est-ce que l’information ? Quelle définition lui donner? Comment est-elle produite? Par qui et suivant quel processus? Car c’est bien le statut de l’information et la production de celle-ci qui sont remis en cause par le Web. Si des personnes ont ressenti le besoin de produire de l’info en ligne gratuitement et bénévolement, c’est qu’elles n’étaient pas satisfaites de l’offre actuelle.
Je n’ai évidemment pas la prétention de répondre à toutes ces questions. Mais pour avancer dans le débat et dans la réflexion, je propose d’identifier en quelques points les principales dérives dans la production de l’information.
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. N’hésitez donc pas à la compléter par le biais des commentaires.
source image: ATTAC

C’est Pierre Bourdieu qui a popularisé l’idée suivant laquelle les médias se suivent et se recopient les uns les autres. Je n’ai qu’une petite expérience dans la presse. Mais l’éternelle question dans les salles de rédaction est de savoir pourquoi on n’a pas traité la même info que le voisin. On arrive alors à des situations absurdes. Pour vous en rendre compte, je vous conseille de mettre dans votre agrégateur côte à côte le flux RSS de La Libre du Soir et de la RTBF….c’est révélateur de la faible diversité des sujets. À peu de choses près, tout le monde parle de la même chose. Alors évidemment la valeur de l’information tend vers 0. C’est une loi économique de base: ce qui est en abondance est gratuit ou presque , c’est ce qui est rare qui possède de la valeur. Si tout le monde en parle pourquoi aller sur le site de La libre plutôt que sur celui de la RTBF ou sur un Blog?
L’emballement médiatique est également issu de ce phénomène. Qui se souvient encore qu’en 2005-2006 la grippe aviaire faisait la une des journaux? A l’ époque, on se trouve face une saturation d’informations sur le sujet. Combien d’articles en parlent encore aujourd’hui? Et pourtant le risque est encore bel et bien présent.
Les blogs ne sont pas exempts de cette dérive, le « Buzz » relié avec tant de docilité n’est qu’une variante de la circulation circulaire de l’information.
Une lecture régulière d’AFP médiawatch suffit pour se rendre compte que les effectifs de la presse sont en constante diminution. Mais les journaux contiennent toujours autant d’articles et les JT sont toujours aussi longs. Il faut produire toujours plus. Toujours plus vite. Et avec moins d’effectifs. Dans ces circonstances, faut-il s’étonner que la qualité en pâtisse?
Dans une interview du « Vers l’avenir » du 9 août 2008, l’ancien patron du titre, Philippe de Thysebaert qui du haut de ses 100 ans a le mérite de pouvoir comparer la situation passée et l’actuelle déclare ceci « Je trouve qu’il font (en parlant des journaux) beaucoup trop de pages. Je n’ai pas les moyens de lire tout cela. Tous les journaux sont concernés ».
Très récemment dans “L’ atelier des médias” Frédéric Filloux, ancien journaliste chez Libé et fondateur du journal “20 minutes”, prônait des rendez-vous d’actualité moins fréquents, mais plus qualitatifs. Il parle d’une fréquence de publication qui serait de l’ordre de trois fois par semaine.
Ce genre de raisonnement peut s’appliquer dans beaucoup de cas et être adapté en fonction de chaque média. Par exemple, une actualisation minute par minute d’un flux RSS n’est pas dérangeante, c’est grosso modo ce que fait l’agence Belga; pas d’analyse juste des faits bruts. C’est vite lu et les coûts d’une telle diffusion sont quasi nuls. De même qu’en radio la lecture des gros titres est relativement rapide et peu coûteuse. En télé c’est une autre histoire, il faut des images et ça coûte cher à produire (la matériel, le déplacement, le temps du tournage, du montage, etc). Souvent les images sont d’un intérêt tout relatif. Il suffit de penser aux nombres de sujets « faits divers » qui se limitent à des plans de la rue et de la maison où se sont déroulés les faits. Il faut mener une réflexion sur la pertinence et la plus value réelle que peut amener chaque média.
Bref, dans un monde où le cerveau humain est hyper sollicité par des messages de toutes sortes: publicitaire, divertissement, informationnel, il faut penser à considérer l’adage suivant : « less is more ». Moins, mais plus qualitatif peut se révéler plus fort que plus, mais de faible qualité. Si je vous montre les 1000 photos faites lors d’un reportage vous ne retiendrez rien, mais si je n’en montre que 10 elles vont avoir plus d’effet.
Chaque fois qu’il m’est donné de rencontrer des personnes d’un secteur particulier que ce soit des avocats spécialisés dans la question de l’immigration, des cadres d’entreprise ou des hommes politiques, tous pointent du doigt le manque de rigueur voire les erreurs commises dans le traitement qui est fait des domaines les concernant. On va dire qu’ils défendent leur chapelle et que c’est la liberté de ton des journalistes qui leur déplaît. Non ce n’est pas le cas. Il s’agit soit d’erreurs comme confondre deux types de juridictions ou bien d’erreurs de jugement par méconnaissance du dossier.
Je vais prendre trois exemples:
http://www.ozap.com/actu/tf1-erreur-mort-petit-louis-drome/155380
http://www.maitre-eolas.fr/2008/05/30/969-n-y-a-t-il-que-les-vierges-qui-puissent-se-marier
Cela est une des conséquences des conditions de travail issues du « produire plus avec moins ». Soumis à des pressions de production, les journalistes ne prennent plus le temps de la vérification, dépêche AFP faisant foi. Mais je ne pense pas que ce soit la seule explication. Le manque d’auto-critique efficace dans le sens suivi de faits est quasi nul dans la profession. Les conséquences sont dramatique d’une part la confiance dans les journalistes est faible, mais de plus en plus de secteurs « méprisent » de plus en plus les journalistes.
source: legermarketing
Il est évident que personne n’est parfait, l’erreur est humaine. Mais peu sont les journalistes à admettre leurs propres erreurs. A ce niveau-là, je pense que les médias traditionnels ont énormément à apprendre de la culture du web qui est plus transparente. La majorité des blogueurs à qui l’on signale une erreur la corrige en faisant amende honorable.
Les grands rendez-vous de l’information ont peu changé au court du temps. Lorsque je regarde un JT vieux de 20 ans, la différence ne saute pas aux yeux (à part le look du présentateur et le décor). Les codes sont restés figés. Il ne faut donc pas s’étonner que les gens soient à la recherche d’autres formes, de façons différentes de produire de l’information. A cet égard Diederick Legrain qui est démoli dans le reportage de la RTBF a le mérite de l’innovation, son « produit » est original et apporte une réelle plus value (après on peut être d’accord ou pas d’accord sur la démarche, c’est un autre débat).
La lecture de Wikinomics est éclairante quant à l’apport que le Web peut avoir sur l’innovation
Le Web est-il la réponse à tout, le Graal absolu?
Bien évidemment que non. Il y a beaucoup de questions qui se posent, certaines ont été soulevées dans le reportage de QALU. Le média est jeune et il doit encore être apprivoisé . A cet égard je vous conseille fortement la lecture du livre de Francis Pisani qui met bien en lumière toutes les questions qui se posent.
Je me permets d’insister encore une fois sur le caractère un peu caricatural de ce billet, mais pour la clarté du propos, il me paraissait nécessaire de l’exposer ainsi. Et puis si je prends le temps de la critique, c’est que je suis un passionné et convaincu de l’utilité du journaliste et du journalisme.
PS: Voici la réponse de Frank Istasse aux salves vitriolesques de la blogosphère et des commentaires:
Beaucoup nous accusent de nous vanter de détenir la vérité absolue, nous les journalistes et de tourner en ridicule la blogosphère et les internautes. Cela n’a jamais été notre intention. Nous ne poursuivons pas un but, nous ne défendons pas une cause et il ne s’agissait en aucun cas d’un réflexe corporatiste. J’en veux pour preuve, le reportage de “Questions à la Une” que j’ai réalisé la saison passée et qui s’intitulait “Les journalistes disent-ils toujours la vérité ?”. Nous y expliquions qu’il ne faut jamais prendre comme vérité absolue ce qu’on vous raconte : qu’il s’agisse des télés, des radios, de la presse écrite. Hier nous avons tenté de faire la même chose mais avec le net. Et tant pis si la manière a été ressentie comme brutale par la bloggosphère. Je serai présent vendredi matin dans l’émission radio “Intermédias” pour répondre aux questions que mon reportage suscite sur la toile. Mais il serait peut-être intéressant de trouver un moyen suplémentaire pour “aller plus loin” et essayer de construire un débat par rapport à toutes ces interrogations. Toutes vos suggestions sont les bienvenues.
Merci de votre attention
Franck Istasse
“Mais il serait peut-être intéressant de trouver un moyen supplémentaire pour “aller plus loin” et essayer de construire un débat par rapport à toutes ces interrogations. Toutes vos suggestions sont les bienvenues.”
Je me dis que ce qui serait pas mal ce serait que les médias traditionnels engagent des jeunes passionnés de journalisme et qui ont une expérience du web et du blogging afin de remuer les idées reçues au sein des rédactions. En quelque sorte mettre le loup dans la bergerie. Ce n’est pas une idée qu’elle est bonne ? Et le fait que je sois en recherche de boulot est évidemment complètement étranger à cette proposition.
Voici les interviews de Gérard Desportes (mediapart), Edwy Plenel (mediapart) et Arnaud Aubron (rue89). Nous avons là l’exemple de deux modèles économiques radicalement différents qui s’expérimentent, d’un côté le modèle payant de Mediapart et de l’autre le modèle gratuit financé par la pub de Rue 89.
Au delà du choix des différents modèles, j’aborde également leurs visions respectives du journalisme.
Le son des vidéos est mauvais (particulièrement celle de Gérad Desportes). Il y a un soufle désagréable, cela est du à la mauvaise qualité du micro que j’ai adapté sur la caméra. Il s’agit d’un Hama RMZ-14, un micro à n’acheter sous aucun prétexte.
Mediapart
Gérard Desportes part 1
Gérard Desportes Part 2
Mediapart- Gérard Desporte part2
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Gérard Desportes Part3
Mediapart- Gérard Desporte part 3
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Edwy Plenel Part1
Mediapart EdwyPlenel part1
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Edwy Plenel Part 2
Mediapart- Edwy Plenel part2
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RUE 89
Arnaud Aubron Part1
RUE 89- Arnaud Aubron Part1
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Arnaud Aubron Part2
Arnaud Aubron Part2
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Il ne reste plus qu’un peu de toilettage à faire, un titre à trouver et mon TFE est fini, pfiouuuu…j’ai cru que je n’arriverais jamais au bout. Il est donc temps de s’attaquer aux choses sérieuses
.
Charles a relancé le débat passionnant et sans fin de l’avenir de la presse, je lui ai répondu en partie dans mon précédent billet. Cela m’a donné envie d’alimenter le débat. Je vais profiter de mon passage à Paris jusqu’au 17 août pour essayer d’interviewer les responsables des nouvelles initiatives de journalisme qui sont apparues ces derniers mois à Paris.
Ma petite liste:
Attention je ne fais aucune promesse, je suis conscient que c’est les vacances et que le timing est serré. Je ne sais pas dans quelles mesures j’arriverais à remplir mon objectif. Voilà où j’en suis:
UPDATE: Mardi à 11HOO j’ai également rendez vous avec Edwy Plenel.
UPDATE 2: Chez http://www.bakchich.info/, la majorité de l’équipe est en vacances dont les membres fondateurs. Donc pas d’interview de ce côté là
]]>Je suis en pleine rédaction de mon TFE (Travail de fin d’études) ce qui explique le silence de ce blog.
Je ne résiste cependant pas à vous conseiller la lecture d’un très bon billet de Charles Bricman qui parle de l’évolution de la presse et donne quelques conseils. C’est d’autant plus intéressant que Charles a été journaliste durant les années 70, ce qui lui permet de jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur et faire des liens entre les pratiques d’hier et la situation actuelle.
Je reviens sur deux points:
Plus important encore, j’abandonnerais une idée farfelue qui m’a souvent perturbé, comme journaliste de base: la volonté d’être “complet”. J’ai eu un rédacteur-en-chef que je ne citerai pas (R.I.P.) qui tous les matins, faisait le tour de la rédaction en demandant pourquoi on avait raté, dans la dernière édition, la nouvelle que publiait fièrement un concurrent. Je considérais qu’il aurait mieux fait d’inverser le raisonnement et les priorités: pourquoi n’avions-nous, à quelques nuances près, que la même matière que les autres?
La volonté d’être complet, pour un journal, n’est qu’une forme parmi d’autres de conformisme. C’est une attitude moutonnière et défensive. Elle ne consiste pas à donner au public une bonne raison d’acheter votre canard plutôt qu’un autre, mais à lui en donner une mauvaise de ne pas acheter cet autre plutôt que le vôtre…
C’est un des aspects qui m’avait le plus exaspéré lors de mes différents stages dans des organes de presse. Je ne me gênais pas pour le dire, mais j’avais l’impression de parler dans le vide…ok je l’ai plus que probablement fait maladroitement. Je me souvient même d’un rapport de stage à charge qui en substance développait cette idée et je m’étais fait recalé¹…Ah que ça fait du bien de l’entendre, merci Charles
Par contre je suis pas d’accord avec ceci:
Et le plus important, c’est que ces choix ne doivent pas être faits sur une impulsion ou sur une passion, comme un blogueur, mais en fonction de vos lecteurs. De quoi ont-ils besoin ou envie? De la politique? Donnez en leur. Beaucoup et de la bonne. Des faits divers, de la bourse, de la culture? Idem.
- Comment savoir ce que veut le lecteur? En regardant ce qui se vend? Dans ce cas, une paire de seins mélangée à un fait divers bien crapuleux et saupoudré d’un peu de la vie des stars, constitue la meilleure formule. Elle est appliquée avec succès par le tabloid The Sun et dans une moindre mesure la DH. En faisant un sondage? c’est peu fiable. Suivant une enquête de télérama, Arte est la chaine qui après TF1 correspond le plus aux attentes des Français.Et pourtant Arte reste dans la fourchette des 5% d’audiences.
Je suis d’accord que le choix d’un sujet ne doit pas être guidé par une impulsion soudaine mais le choix doit être réflechi et pas guidé par “ce que veux le lecteur”.Pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas possible de savoir ce que veux le lecteur.
- De plus, je pense que les services d’informations (termes proposé par Charles) doivent avoir une sorte de mission d’éducation permanente et pas uniquement vendre de la pub. C’est à dire utiliser la meilleure façon d’informer le citoyen afin qu’il puisse évoluer en démocratie en toutes connaissances de cause et au final poser un vote réfléchi. Je sais cela est très utopique, il y a tout un contexte économique qui rend cela quasi impossible mais laissez moi réver un peu
.
Attention cela ne veut pas dire faire un produit rébarbatif, c’est simplement remettre en question les idées reçues tant au niveau du fond que de la forme. Un très bon exemple c’est le magazine XXI. La démarche n’a pas été de savoir a priori ce que veux le lecteur mais qu’est ce qui manque dans la presse? Les fondateurs ont appliqué toutes les idées reçues sur la presse…mais à l’envers. Et le public est au rendez-vous.
Est-ce pour cela qu’il faut s’enfermer dans une tour d’ivoire avec le prétention d’un savoir universel, surement pas. Un dialogue et une interaction avec les lecteurs sont évidement capitaux. Je souscris à 100% à l’idée suivant laquelle un journaliste doit être “médiateur de conversation” (je pense que le concept est de Jeff Jarvis). Ce que je dis c’est que le choix de la conversation doit être réfechi et pas issu d’une boule de cristal qui va nous dire “ce que veut le lecteur”.
1 Pour être tout à fait honnête c’étais plus le caractère pamphétaire du rapport qui m’était reproché. Mais j’avais raisons
. Le plus grave c’est qu’aucun de mes cours de journalisme à l’IHECS n’a soulevé cet aspect.
…ah pardon…c’est une vidéo de la Libre Belgique. Et le journalisme dans tout ça?…Ah oui en crise.
]]>Triste journée pour le journalisme,triste journée pour la justice, triste journée car la finance a gagné sur la vérité.
Le sot est en deçà de la vérité, le fou est au-delà.
Identificateurs Technorati : denis robert, clearstream
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